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Le jeu des matières

Le sourcing, étape clé du processus de création.

“La mode passe, l’impact reste” serait une tournure plus actuelle de la fameuse citation “La mode passe, le style reste”[1] d’Yves Saint-Laurent.

Que l’on sculpte la matière directement sur le mannequin de couture comme le faisait le créateur ou que l’on crée des pièces à partir de tissu repéré en amont et/ou de produits finis comme le fait Cerceau, il est plus que temps de passer à l’approvisionnement durable.


Sélection de tissus issus de stocks dormants
Photographe : An Lalemant pour uptrade

Et toi, comment tu bosses ?


Chaque individu à un processus de création qui lui est propre. Les méthodes de travail varient selon la personnalité et l’imagination de chacun, mais aussi en fonction du message porté par son projet. Dans ce sens, la manière de traiter le tissu et de penser son utilisation reste modulable à souhait. Certains créatifs vont d’abord partir en quête d’un tissu, d’une texture, qui inspirera leurs prochaines pièces tandis que d’autres vont faire des croquis et penseront la forme avant de chercher le tissu de leur rêve.


Dans les deux cas, que le tissu vienne à vous ou que vous cherchiez celui qui collera le mieux à vos idées, le sourcing matière se présente comme une étape incontournable du processus de création. C’est ainsi un maillon clé pour le bon développement d’une économie plus circulaire par le biais d’actions responsables et solidaires.


Des stocks à la pelle


Dès les années 90–2000, de nombreuses marques occidentales ont délocalisé leurs productions vers le Pakistan et le Bangladesh pour accéder à une main d’œuvre moins chère.


La fast fashion s’est rapidement imposée en renouvelant ses collections à tout-va pour suivre les tendances, créant un besoin d’achat compulsif. Pour les accros à la mode dite jetable, pas d’inquiétude ! C’est 600.000 tonnes d’irrésistibles pièces à des prix défiant toutes concurrences qui sont mises en vente chaque année.


Rouleaux de tissus inutilisés provenant de stocks dormants
Photographe : An Lalemant pour uptrade

Aujourd’hui, un individu achète en moyenne 60% de plus qu’il y a quinze ans[2], ce qui représente 130 milliards de vêtements consommés par an. Le désir d’obtenir du neuf a violemment mis au second plan le produit en lui-même.


Ce contexte de surproduction a également induit l’abondance de chutes et de stocks de tissus dormants représentant des quantités conséquentes de matières inexploitées. Chaque année, c’est plus de 12% de la matière produite dans le monde qui prend la poussière dans des entrepôts et moins de 1% des vêtements usagés sont recyclés[3].


Il est plus que temps de trouver des solutions à ce problème dont personne ne veut s’occuper. En France, cette lutte contre le gaspillage textile est soutenue par la loi anti-gaspillage

pour une économie circulaire, dite loi AGEC, publiée en février 2020. Celle-ci interdit, entre autres, la destruction des invendus TLC (textiles d’habillement, linges de maison et chaussures) impliquant l’obligation de réemployer, réutiliser ou bien recycler les stocks.


L’upcycling comme nouveau mantra


L’upcycling ou surcyclage est un artisanat qui se situe aux antipodes de la fast fashion. Upcycler pour revaloriser, c’est employer le “déchet” pour créer à nouveau. Le terme déchet condamne directement celui-ci à être inutilisable, il lui inflige une dévalorisation seulement car il n’est plus considéré comme fonctionnel ou utile[4]. C’est pourquoi de grands stocks de tissus sont mis à l’écart, balayés par les nouvelles tendances. À quoi bon recréer de la matière quand on peut faire à partir de l’existant ? L’allongement de la durée d’usage ne se limite pas au recyclage de la matière, il passe aussi, et avant tout, par le réemploi.


Vous l’avez compris, il devient indispensable de repenser son sourcing matière pour prendre ce virage vers une mode plus responsable. Adopter un mode de production plus vertueux en s’approvisionnant plus localement, consommer moins mais mieux, consommer de l’existant.


Autant d’actes conscients qui nous permettront de nous vêtir plus sereinement et de limiter notre impact sur les Hommes et l’environnement.


Sources

[1] Agence de la transition écologique, ADEME, La Mode sans dessus-dessous, infographie, Ademe, juin 2017

[2] McKinsey & Co, « Style that is sustainable: A new fast fashion formula », Nathalie Remy, Eveline Speelman & Steven Swartz, 2016

[3] « Fast Fashion is creating an environmental crisis », Newsweek, 2016

[4] Reset, Une histoire d’upcycling, Clara Riff, 2021

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